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| Le bouddhisme tibétain de Kamba |
Le fleuve Jinsha, rivière frontalière entre la province du Sichuan et la région autonome du Tibet, a donné naissance à de nombreux jolis noms de lieu le long de ses deux rives. Bien que le Tibet ait longtemps été le centre culturel et religieux des différentes régions tibétaines, Kamba a également été un royaume influent dans le bouddhisme.
Au départ de Chengdu, une route conduisant vers l'ouest à travers les monts Erlang permet de rejoindre Kamba. Cette voie a été autrefois un lien entre le Tibet et le reste du monde. Là, on rencontrait autrefois des caravanes de yacks transportant du sel et du thé à travers le Tibet. Plus on se rend à l'ouest, plus l'influence des Han sur la culture tibétaine diminue. Les rives du fleuve Jinsha représentent le cœur de la région de culture Kamba, dont Dege et Baiyu sont les villes les plus influentes.
Dege : pays natal de Gesar
Dege est connu comme étant la maison de Gesar. Selon une ballade chantée par les artistes, ce héros légendaire du Tibet a gagné à 12 ans le trône du roi de l'Etat de Ling grâce à une course de chevaux, puis a passé le reste de sa vie à accomplir de bonnes actions, en soutenant les pauvres, punissant les méchants et en construisant une terre utopique pour chacun.
Certaines personnes considèrent Gesar comme un dieu de la Guerre obligé de subjuguer les démons pour sauver le peuple tandis que d'autres voient en lui un être humain doué de pouvoirs surnaturels et capable de communiquer avec les Dieux et les Esprits. L'épopée tibétaine, «La vie du roi Gesar», est plus longue encore que l'Illiade grecque. Les ballades chantées qui dévoilent l'histoire de cet homme sont couvertes d'un voile de mystère. Illettrés pour la plupart, les conteurs sont néanmoins capables de raconter l'histoire de Gesar pendant plusieurs jours voire même une semaine d'affilée sans s'arrêter. On dit que certains d'entre eux ont su conter les histoires de Gesar après avoir rêvé qu'un Bodhisattva avait vidé son ventre de ses entrailles pour y placer des livres sur le héros populaire.
Outre les prairies Ngaxu, lieu de naissance du roi Gesar, Dege est aussi célèbre pour sa Maison de xylographie des écritures bouddhiques, appelée également «trésor au pied de la montagne enneigée». Située dans le centre du district de Dege, la Maison de xylographie de Dege a été construite en 1729 par la 44e génération du clan Dege et achevée après 16 années. L'une des plus grandes de son genre en Chine, elle a été protégée en qualité d'héritage culturel de la province du Sichuan. Sa collection compte 275 000 planches, 3 500 matrices de gravures et plus de 400 livres en 1 350 volumes, dont les sujets se répartissent en 12 catégories incluant les classiques bouddhistes et la philosophie bouddhiste.
Pour les tibétanologues, Dege est le premier des trois lieux de naissance de la culture tibétaine. Cela est principalement dû au fait que tous les tusi des générations passées ont accepté, crû et soutenu les cinq sectes du bouddhisme tibétain. La Maison de xylographie des écritures bouddhiques de Dege abrite aujourd'hui les éditions standards du Kanjur et du Tanjur, deux classiques composant le Tripitaka tibétain. On dit que chacun peut atteindre la perfection après avoir fait le tour de cette lamaserie 1 111 fois. De ce fait, ouverte ou fermée, la lamaserie est entourée de nombreux pèlerins qui attirent marchands et autres vendeurs de souvenirs.
Dege est également le berceau de la médecine de la secte traditionnelle du sud car la médecine tibétaine y existe depuis 550 ans. Le monastère Gengqing a établi une clinique en 1450. En 1959, le gouvernement du district de Dege a approuvé l'établissement d'une clinique combinée de médecine tibétaine basée sur celle du monastère Gengqing. En 1978, l'hôpital tibétain du district de Dege a été construit, devenant ainsi le premier institut de médecine de la zone tibétaine.
Baiyu : auspices et bonheur
Plus au sud, le long du fleuve Jinsha, se trouve le district de Baiyu qui signifie en tibétain «auspices et bonheur». Le siège de ce district est tout petit avec une rue de 400 m de long bordée d'arbres de chaque côté. Un affluent du fleuve Jinsha aux rives ombragées de saules–pleureurs traverse le petit village, donnant à l'endroit une atmosphère de paix et de sérénité. Le monastère Baiyu situé sur une colline au nord est un monastère célèbre pour sa dévotion à la secte Nyingma du bouddhisme tibétain. De la Pagode au toit d'or, il est possible d'admirer une vue d'ensemble de Baiyu constitué par de superbes maisons de bois d'architecture tibétaine. Sous la dynastie Qing (1644 ��?911), le 4e supérieur du monastère fut appelé à la cour sous un ordre de l'empereur Qianlong, qui lui a offert des bijoux d'or et d'argent et décerné le titre de grand maître. Le monastère Baiyu a ainsi gagné sa renommée et construit de grandes salles pour préserver les trésors offerts par l'empereur. Pour développer le monastère, le 7e supérieur a acheté plus de 1 000 statues dorées de Bouddhas, peint un bouddha de 45 m de haut et réalisé 400 ouvrages saints pour la bibliothèque du monastère. Grâce à ses efforts, le monastère Baiyu est devenu un temple renommé dans le royaume Kamba à cette époque. Du 1er au 14e jour du 5e mois du calendrier tibétain, le monastère organise de nombreuses cérémonies et danses exécutées par des moines pour commémorer l'introduction du bouddhisme d'Inde au Tibet.
Outre le monastère Baiyu, le district possède deux autres monastères célèbres. Le Séminaire bouddhiste de Yachen et le monastère Kathok dans le canton de Hepo. Le premier est en réalité un monastère chargé de l'éducation des moines. Chaque année, des milliers d'entres eux s'y rendent pour recevoir l'éducation stricte du bouddhisme traditionnel et se consacrent à l'étude des doctrines bouddhistes en dépit des conditions difficiles. On dit que ce monastère compte de nombreux moines éminents.
Le bourg de Hepo possède l'arsenal légendaire du roi Gesar. Les couteaux et les épées qui y sont fabriqués sont de très bonne qualité par rapport aux autres villes tibétaines. Pour visiter le monastère Kathok situé au sommet d'une montagne, il faut compter deux heures de trajet en tracteur. Les Tibétains considèrent le monastère Kathok comme le second lieu d'éveil du bouddha après le siège Vajra situé en Inde. Faisant partie des six monastères principaux de la secte Nyingma du bouddhisme tibétain, le monastère Kathok occupe effectivement une position non moins égale à celle du siège Vajra en Inde. Premier temple construit dans la région, Kathok est également considéré comme le berceau de la culture Kamba.
Outre la collection d'arcs, d'épées, d'armure et de casques, que la légende attribue au roi Gesar, Kathok est rempli de fleurs de tournesol en plastique ou sculptées dans du beurre représentant l'adoration des tibétains pour le soleil. Chaque année, le monastère Kathok organise des cérémonies religieuses qui attirent de nombreux moines des environs. Tous les quatre ans, une cérémonie consistant à étendre le portrait du Bouddha sur le flanc de la montagne représente un événement de la plus grande importance à Kamba.
Parfois, des vautours volant au–dessus du sommet des montagnes annoncent des funérailles éminentes, caractéristiques des régions tibétaines. Selon les croyances, les vautours sont des oiseaux saints qui emportent l'âme des défunts aux paradis après en avoir dévoré le corps.
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